A PROPOS DE MILORAD MISKOVITCH

SERGE LIFAR

Célèbre danseur, maître de ballet à l’Opéra de Paris,
Chorégraphe et historien de la danse

Voici les qualités multiples que doit posséder un danseur:
Etre jeune et avoir des proportions du corps harmonieuses; des muscles souples; le maintien élégant; la musicalité et le sentiment du rythme et de la mélodie; la netteté dans les arrêts, des accent; de l’équilibre, du style; la précision dans la démarche et dans le saut et, enfin, la ”présence”, qualité majeure du véritable artiste qui lui permet de pénétrer dans leTemple de la religion magique – dans leTemple de Terpsichore – pour se retrouver parmi les danseurs d’élite.
Le jeune Miskovitch possédait toutes ses qualités. .. Je l’avais rencontré pour la première fois à Paris, en 1946 et j’avais modelé pour lui une nouvelle et vivante figure de Roméo sur la musique de Tchaïkovski, ballet que j’avais crée quelques années auparavant.
Plusieurs années se sont écoulées depuis. L’énergie, la passion amoureuse, de la transfiguration, la ”barre impitoyable”avaient libérée et affermie la technique musculaire de Miskovitch. Au même temps qu’il acquis une légèreté aérienne – grâce à laquelle le langage abstrait de la danse académique lui permit de chanter des passions, évoquer des images de la dramaturgie et savoir irradier par sa présence un rayonnement poétique. Alors, seulement le Danseur, par glorification de son corps, de ses pensées et de son esprit, s’élancera dans le lointain émotion métaphysique de l’existence de la Beauté– que nous offre l’Art sublime, magique et vivante – la Danse !

ALICIA MARKOVA

Prima ballerina assoluta
anglaise, chorégraphe


En 1954, je cherchais un nouveau partenaire pour ma tournée européenne et américaine, un danseur dédié à son art, talentueux, intelligent, de caractère, se déplaçant avec grâce et noblesse. Je cherchais une personne de bonne humeur avec qui partager les voyages et le travail acharné, ainsi que la joie et le plaisir des spectacles réussis. Et j'ai eu beaucoup de chance en trouvant mon partenaire idéal en la personne de Milorad Miskovitch.









MAURICE BÉJART

Danseur et célèbre chorégraphe français

Milorad Miskovitch, danseur romantique et interprète contemporain, a marqué de son aura lumineuse le monde de la danse au milieu de ce XXè siècle.
Animateur et pédagogue, il continue sa mission au service de l’art chorégraphique dans le monde.
Je me souviens avec émotion de la création du ballet ”Haut Voltage” et de son interprétation du rôle de Prométhée, ces deux ballets que j’ai réglés pour lui dans les années 50. et qui restent des souvenirs importants de mon évolution chorégraphique.











YVETTE CHAUVIRÉ

Etoile à l'Opéra de Paris, professeur de danse
Prima ballerina assoluta

Milorad, Michka pour les intimes, possède une grande présence, un rayonnement indéniable. Outre sa nature vibrante, celle d'un artiste slave, avec tout ce que cela exprime d'élan, de joie de vivre, de folie même! - c'est un homme d'action. Il entreprend. Il a toujours eu un enthousiasme débordant qu'il a su tempérer, canaliser, au cours de sa carrière, pour gagner une maturité, une stabilité favorisées par la méditation et la réflexion profondes des choses de la vie. Il m'arrive parfois, en suivant les rythmes, l'élégance des modulations, l'envol brillant d'une mazurka de Chopin, de faire une relation avec son tempérament. Au cours de ma carrière, nous nous sommes souvent retrouvés sur la scène. Connaissant bien son métier il a été l'un de mes meilleurs partenaires. Toujours attentif envers la ballerine, il s'est conduit en cavalier élégant, le plus courtois du monde. En dehors de la scène aujourd'hui... il reste un ami fidèle faisant partie de ces caractères d'hommes qui, lorsqu'ils aiment, estiment vraiment, c'est pour longtemps.






JANINE CHARRAT

Danseuse française, chorégraphe et directrice de danse

Milorad Miskovitch a été certainement mon partenaire le plus proche...J'ai créé tant de ballets avec tant de merveilleux danseurs... tels que Roland Petit, Peter van Dijk, Juan Juliano, Cyril Atanasoff, Attilio Labis, etc., mais Milorad était plus qu’un partenaire, c'était un collaborateur artistique. Nous avons d'ailleurs créé une nouvelle compagnie vers 1967-1968, dont Madame Irène Lidova était la Directrice, et nous en assumions la Direction Artistique, parcourant le monde de l'Espagne à Mexico. Notre amitié n'a jamais cessée, depuis 1954, époque de ma compagnie "Les Ballets de France" où il est venu créer de nombreux grands rôles ... Milorad était la poésie même...un Prince dès qu'il était sur scène, possédant un sens dramatique intense, une beauté légendaire... une personnalité à part. Nous avions une réelle "osmose" lorsque nous dansions ensemble, que ce soit dans Les Algues, mon plus grand ballet dramatique, se passant dans un "asile" d'aliénés, oeuvre cruelle réaliste, poétique... ou dans Adam-Miroir de Jean Genêt, ou dans Alerte puis 21... et Pâris d'Henri Sauguet, lors de ma rentrée en 1964, après mon accident au Théâtre des Champs-Elysées. Ce sont des souvenirs inoubliables ! Long et beau parcours que celui de "Michka" comme nous l'appelons... car aujourd'hui il continue avec passion son activité comme Président du Conseil International de la Danse; son action au sein de L'UNESCO, a été importante, non seulement pour la Danse, mais pour d'autres manifestations artistiques, ... car enfin, pour conclure... Milorad Miskovitch est un artiste complet.


CARLA FRACCI

Danseuse italienne, étoile de la Scala de Milan

Quand je pense à la vie qui passe si vite, au temps implacable, aux personnes qui me manquent le plus, il y a toujours dans un petit coin de mon cœur, le souvenir de toi, mon cher Milorad, souvenir de l’homme grand et beau que tu es, et plus encore de l’artiste à la présence morale irremplaçable, de l’artiste atemporel, souvenir du grand cavalier dans le vrai sens du terme que tu es et que tu as été pour moi. Tu dégages une certaine certitude intelligente qui m’a toujours été d’une aide précieuse, ainsi qu’à tous ceux qui t’entourent et qui t’ont été proches. Je m’émeu à chaque fois que je repense à ces bons moments passés ensemble avec toi et nos amis, et comment jusqu’à ce jour et après tout ce temps, notre amitié soit restée aussi vivante et nos rencontres si belles. Bien sûr, notre collaboration est née dans une période riche et créative. C’étaient les années de ferveur et d’idées novatrices touchant directement le cœur et l’esprit des gens et du public qui nous soutenait.

Je t'embrasse!
Ta Carla



MILICA JOVANOVIĆ

Historienne de la danse, critique

On m’a souvent questionné sur l’art de Milorad Miskovitch. Pour y répondre il fallait vraiment avoir été son contemporain et témoin de ses interprétations aux moments où il les créait. L’art de la danse ne peut pas être raconté; il faut le vivre sur place. Bien qu’indirecte pour la plupart du temps, ma réponse n’en restait pas moins révélatrice. J’étais à Paris en 1956, durant un de ces beaux printemps parisiens. Je marchais le long de l’incontournable Avenue de l’Opéra. Soudain, je perçu un brouhaha de voix, qui devenait de plus en plus fort, pour finalement devenir intelligible. De tous les côtés, on entendait ’Miskovik, Miskovik’ (comme les Français prononcent son nom). Je me retournais ébahie et vit Miskovitch et Vassili Sulich – danseur également - dans un somptueux cabriolet américain de couleur blanche, avec Miskovitch au volant, attendant le feu vert. Les passants des deux cotés de l’avenue avaient formé une sorte de queue pour rendre hommage à leur idole. Il avait l’air habitué à ce genre d’effusion d’émotions, comme s’il y avait droit et que cela lui appartenait. Je dois vous rappeler que ceci se passait avant la ’’beatlemania’’ et la ’’rudimania’’ (Rudolf Nureyev) et que c’est sans doute la preuve à quel point il était populaire grâce à son caractère singulier. Il était une vedette absolue, comme aucune dans le monde de la danse masculine de l’époque.


PIERRE RHALLYS

Philosophe et écrivain français

Milorad Miskovitch. Est-il un danseur? Oui, mais un danseur d’une espère exceptionelle-particulière, rare. Différent de tous les autres danseurs. A part. Ayant choisi la liberté à l’époque noire du communisme il arrive de Belgrade à Paris – la grande ville de toutes les possibilités – de toutes les promesses. Aussi tôt ce vieux Paris blasé ”qui a tout vu” – a la souffle coupé.
Décontenancé par tout de beauté- par tant de blancheur lumineuse. Immédiatement son physique si frappant – éblouit, il devient coqueluche de Paris. A la minute toutes les grands compagnies de danse se le disputent. Il est happé. On le veut. Il parait sur les scènes du monde. Il surprend. Car en plus du choc produit par sa beauté... Il apporte la plénitude enchanteur il devient un centre d’attraction... de convergence. Dans tous ses rôles - ses créations, il surprend par l’intensité, qu’il a met. Sa présence sur scène exalte le spectateur. L’élève – le transporte hors du quotidien de l’habituel. Il faut le dire-le répéter. Tous ceux qui l’ont vu jadis dans ses prestations ont été marques d’un sceau indélébile. Ils ont éprouvé un effleurement. Un attouchement . Provenent d’en haut – de supérieure nature.
La Danse – ce n’était plus des pas savamment agencés. C’était ”autre chose”! Il fallait le voir dans ”Prométhé”, ballet créé pour lui par Maurice Béjart, dans le théâtre antique de Faurviére, sous le regard argenté de la lune – Présenter la lumière volée au ciel, elever la torche brûlant du Feu divin – dans notre Monde enténébré, délivrer le ”Message” celui venu d’ailleur. Oui... on avait le frisson, on était saisi. Et avec juste raison, une femme parmi le public – Lors de la création de ”Prométhé” s’est levée hors d’elle, à la fin du spectacle, et a crié dans la direction de Miskovitch – de toutes les forces de son être: Merci – Merci ! Nous aussi à l’instar de la femme paroxyste répétons – crions - Merci-Merci Milorad Miskovitch.


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